"Il suffit parfois d'une parole blessante, un retour en arrière, une illusion d'une blessure qui ne s'est pas refermée totalement, une réalité qui s'est forcée à s'insérer dans la tête, pour enfin ouvrir les yeux.
Ouvrir les yeux sur l'instant de notre vie, qui nous paraissait si belle, si pleine, si réelle, mais qui en fait n'était qu'un masque, une réalité fausse, un substitut pour nous aider à nous relever.
Mais je me demande, pourquoi me suis-je réveillée aujourd'hui? J'avais réussi à me créer un rêve, à y vivre, car je ne voulais plus revenir à cette vie qui fait si mal, cruelle, où tout change si vite que j'en avais le vertige, et où je suis tant de fois tombée, à chaque fois de plus haut, jusqu'au jour où je ne suis pas parvenue à me relever, je suis restée par terre, seule.
C'était alors là que, les yeux vides, je m'étais dit que j'avais raté quelque chose dans ma vie, j'étais allée trop vite, je n'avais pas pris le bon chemin.
Et j'ai essayé de revenir en arrière, de retrouver ce chemin, avec beaucoup de difficultés et peu de résultats, j'avançais comme un automate qui ne réfléchit pas, ne pense pas, ne vit pas.
Et j'ai fini par trouver ce chemin, où ILS m'y attendaient depuis longtemps, sans jamais perdre espoir, ni me rejeter. Et je croyais avoir trouvé ce qui m'avait manqué jusqu'à présent, découvrir enfin le bonheur, ce soleil.
Mais ceci n'était qu'une vie en sursis. Aveuglée par un manque d'affection que je voulais combler, je me suis précipitée, trop vite, dans l'erreur, une fois de plus.
Je croyais en ce bonheur, m'étais persuadée d'avoir grandi, d'avoir changé, de ne plus refaire ces bêtises d'enfant naïve.
Parfois, avancer n'est pas la solution. Car quand on est au bord de la falaise, il suffit d'un pas pour tomber. Il faut savoir reculer, se forcer à quitter cette routine si plaisante, qui me protégeait de la réalité.
Et c'est ce choc, blessant, qui m'a ramené de ce monde qui m'empoisonnait, m'écartait de la vie, m'enfermait dans un palais de cristal pour me couper chaque jour un peu plus profondément.
Je voulais créer mon propre monde, avec ceux qui faisaient mon plus grand bonheur, ma plus simple joie, si parfaite, et y rester pour toujours, pour ne plus souffrir.
Mais ce que je n'avais pas encore vu ou que je ne voulais pas voir, ce que je ne savais pas ou voulais ignorer, c'était que dans ce monde aussi, la souffrance existait.
Je ne croyais pas cela possible, tout était si beau, plein de couleurs, de sourires et de rêves, c'était mon monde, je le voulais.
Mais comme une litanie, un disque rayé qui repasse sans cesse le même passage, une boucle dont je ne trouve jamais la fin, un chemin qui tourne en rond encore et encore, j'entendais toujours les mêmes paroles, les mêmes questions, les mêmes affirmations narquoises, contre lesquelles je devais me défendre, toujours plus, en y parvenant de moins en moins, les laissant de plus en plus passer sans m'en préoccuper. Je m'étais faite un bouclier, contre ces mots, j'étais forte, je le savais.
Et pourtant, il suffit d'une remarque, une seule, d'une personne à laquelle je ne m'y attendais pas, jamais, pour que ma défense s'effondre comme une château de cartes. Mon château à moi a été envahi, pris d'assaut par cette incertitude que j'avais refoulé au plus profond de mon c½ur, jusqu'à l'oublier totalement, enfin, presque.
Le réveil est si dur, je ne sais plus où je suis, combien de temps ai-je dormi? je veux me rendormir, retrouver ce rêve qui est ma vie. Hélas rien ne sera comme avant, il me faut tout reconstruire différemment, avec encore plus d'attention.
Jamais je ne pourrai de nouveau serrer dans mes bras cette illusion si parfaite de mon bonheur simple, j'ai ouvert les yeux et j'en ai déjà trop vu pour ne pouvoir me rendormir sans faire de cauchemar.
Car je sais, maintenant, ce qu'était réellement cette peur, ce qui m'empêchait d'avancer, d'oser penser ce que serait ma vie dans quelques années. Cette peur, ce n'est pas de perdre ce que j'aime, c'est au contraire de ne pas retrouver et rester seule, dans ce passé.
Je ne pensais pas un jour, répéter cette phrase, LEUR phrase, me les approprier et les comprendre réellement. 'J'ai besoin de changement', "Ne t'enfermes pas dans ton passé'. Je reconnais peut-être la vérité de ces jugements, mais ne m'attarderai pas sur leurs auteurs.
Et je sais, que je ne suis qu'une égoïste qui a alimenté tant d'espoir alors qu'il n'y en avait aucun, car je n'y ai jamais cru, pour moi tout n'était qu'échantillon que j'essayais en sachant que jamais je n'achèterais, avant de tout jeter dans un coin de ma mémoire.
Une fois de plus je me suis trompée de chemin, et j'ai fait encore plus de dégâts, à croire que je ne sais faire que ça. Pourtant je ne m'apitoie pas sur mon sort, je sais ce que je veux vraiment, même si cela me faisait peur avant, maintenant, c'est fini.
Et je m'accroche à cette possibilité, je l'obtiendrai, quoiqu'il m'en coûte, viendra enfin le jour où je partirai, loin, vers ma liberté.
En attendant il me faut mettre de la distance, de plus en plus, j'en ai tant besoin. Les temps sont à l'individualisme, et je suis cette mode que je trouvais si égoïste auparavant, mais que je trouve si vraie désormais.
Il suffit parfois qu'un mal surgisse, comme un diable de sa boîte, pour retrouver quelques notions dont j'avais oublié la signification, et utilisé à l'envers, simplement pour me retrouver, du moins, ce que je croyais.
La vie n'est pas un jeu, les règles sont bien définies, et il est interdit de les contourner, pour son propre bonheur."